Une première victoire… et un vrai soulagement pour la profession

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La distribution automatique est rentrée par décret dans les secteurs dits « protégés » éligibles au fond de solidarité prévu par l’Etat. C’est une victoire pour la profession qui va pouvoir légitimement faire face aux répercussions graves du second confinement sur l’activité du secteur. Diane Thomas et Yoann Chuffart nous livrent leurs analyses quant aux bénéfices issus d’une mobilisation que la Fédération NAVSA a mise en place et su entretenir ces dernières semaines.

Food&Coffee Markets : L’éligibilité de la distribution automatique au fond de solidarité est-elle une bonne nouvelle pour NAVSA ?

 Yoann Chuffart : Oui, sans aucun doute. Bien que ce dispositif ne bénéficiera pas à toutes les entreprises du secteur étant donné les critères auxquels il faut satisfaire, l’intégration de la « vente par automate » dans la liste « S1 bis » des secteurs dits « protégés » pour le fonds de solidarité, est le premier pas vers l’éligibilité des entreprises du secteur à l’ensemble des aides « réservées », c’est-à-dire des aides que l’Etat a accordées aux secteurs particulièrement impactés par les conséquences économiques et financières de la crise sanitaire : exonérations de cotisations patronales, activité partielle à taux majoré (70%), notamment. En tout état de cause, il s’agit là des prémices de la reconnaissance, par les autorités publiques, de l’état de sinistre économique dans lequel se trouvent les professionnels de la vente par automate : la Fédération travaille dans l’ombre depuis la fin du mois de mai pour cette reconnaissance… C’est une première victoire encourageante, qui démontre qu’à force de persévérance, même pour un secteur de « niche », l’on peut se faire entendre à force de parler haut et fort dans les lieux du pouvoir…

F&CM : Concrètement que cela signifie-t-il ? Que pourront en retirer les sociétés de gestion ?

 Diane Thomas : Le fonds de solidarité a vu, dans cette nouvelle mouture, son périmètre élargi : désormais, toutes les entreprises de 50 salariés au plus sont éligibles, quel que soit leur statut ou leur régime social et fiscal. Evidemment, le demandeur doit satisfaire à plusieurs critères, en particulier justifier d’une perte de chiffre d’affaires de plus de 50% sur la période comprise entre le 1er octobre 2020 et le 30 novembre 2020, calculée par rapport à différents critères suivant la situation de l’entreprise. Le montant de l’aide lui-même varie en fonction de la situation du demandeur. Suivant les critères retenus par le pouvoir réglementaire, cette aide s’adresse véritablement aux plus petites de nos entreprises, en très grandes difficultés.

F&CM : Vous avez mobilisé fortement l’ensemble des professionnels depuis le 17 octobre, comment interprétez-vous l’élan de solidarité derrière NAVSA ? 

Yoann Chuffart : Face à la sévère dégradation de la situation sanitaire et par conséquent économique, que l’on avait bien anticipée au niveau de la Fédération, de nombreux acteurs du secteur, adhérents et non adhérents ont senti la nécessité d’agir solidairement. Or la solidarité de la profession, pour être en acte, doit s’incarner. Et qui mieux qu’une organisation professionnelle pour donner corps à la solidarité des entreprises du secteur ? C’est la raison d’être de toute Fédération ! Il semble qu’un certain nombre d’entreprises, éloignées du monde fédéral, se soient rendues compte que, pour exister dans le champ de la décision publique, il est nécessaire d’être représenté… C’est le mal français qu’un si grand nombre d’entreprises, notamment les plus petites d’entre elles, tous secteurs confondus (ou presque), se tiennent ainsi à l’écart des organisations professionnelles. Cet élan de solidarité, qui fait suite à l’appel à la mobilisation du Président de la Fédération, Pierre ALBRIEUX, témoigne de la grande détresse des professionnels du secteur… Et, par conséquent, de leur besoin d’union. Désormais, il incombe aux chefs d’entreprise qui découvrent l’importance d’être représentés d’en tirer les conséquences pour 2021 et les années à venir… La Fédération a démontré sa raison d’être : gageons que les professionnels du secteur œuvrent maintenant pour assurer la pérennité de leur organisation.

F&CM : Faut-il relâcher la mobilisation ou bien capitaliser sur le fait que la Fédération est aujourd’hui entendue et reconnue par les pouvoirs publics ?

 Diane Thomas : Cette mobilisation des acteurs français de la D.A a permis de faire (re)connaître que la Fédération est un interlocuteur non seulement indispensable mais incontournable des pouvoirs publics. Et un interlocuteur efficace ! Le message est clair : sans Fédération, pas de représentation. Répétons-le : tirons les conclusions de ce qu’il se passe depuis le mois de mars dernier… Cette mobilisation devrait logiquement entraîner un fort mouvement d’adhésion à l’organisation en 2021 et en 2022. 

F&CM : On a souvent reproché à la Fédération de travailler en vase clos… est-ce selon vous injuste ou est-ce la résultante d’une logique de discrétion nécessaire mais mal comprise ?

 Yoann Chuffart : Il existe assurément une méconnaissance du travail d’influence effectué par les organisations professionnelles. Par nature, les « affaires publiques » (dans le jargon) sont un travail « de l’ombre » pour ainsi dire : le dialogue institutionnel ne se confond pas avec la communication ; il ne poursuit pas non plus les mêmes objectifs et ne vise pas les mêmes résultats. Par définition, moins l’on voit une organisation professionnelle dans les médias, mieux c’est : cela signe en effet que le dialogue institutionnel suit son cours… Ce qu’il faut comprendre, c’est que la représentation d’intérêts, la défense d’intérêts, ce sont des missions qui ont pour cadre les lieux du pouvoir que sont les ministères, les administrations, le Parlement et, plus largement, tous les organes de l’Etat. En un mot, tout ce que nous obtenons pour le bien de la Profession est le résultat d’un travail effectué « entre quatre murs », car c’est ainsi que vivent les relations institutionnelles.

 F&CM : Adhérents, non adhérents… cela fait-il au final, une différence au vu des résultats obtenus ?

 Diane Thomas : Non : un gestionnaire reste un gestionnaire, qu’il soit adhérent ou non il aura le bénéfice de ce que la Fédération réussit pour la Profession. Par exemple, lorsque la « vente par automate » est reconnue « secteur protégé », tous les gestionnaires jouissent de ce nouveau « statut », indépendamment de leur qualité d’adhérent. Reste que la Fédération n’existe que parce que des entreprises cotisent… Aussi ne faudrait-il pas conclure que l’on peut se passer d’adhérer pour être représenté, car un tel raisonnement aboutira nécessairement à la dissolution de la Fédération. Les entreprises non adhérentes doivent comprendre qu’elles ont tout intérêt à se fédérer au sein de NAVSA, au risque de se retrouver un jour en situation de n’être plus représentées si celles qui adhérent suivent le même raisonnement qu’elles… Aujourd’hui, l’on ne peut que remercier les entreprises adhérentes car c’est grâce à elles uniquement que NAVSA existe. Si l’on en venait à perdre des adhérents en 2021, l’existence de la Fédération pourrait être remise en cause… Il faut que les mentalités changent parmi les gestionnaires, en particulier chez les plus petits d’entre eux. Lorsque la Fédération gagne, tout le monde y gagne, certes, mais si la majorité des entreprises restent en dehors de l’organisation, par principe ou par opportunisme, alors c’est la représentation même de cette Profession qui est en danger… Et, nous l’affirmons, les années à venir, plus que jamais, feront sentir la nécessité d’être représenté… Cette Profession a longtemps vécu loin des tracas, loin du chahut : cette époque est révolue. A bon entendeur…

 F&CM : L’union faisant la force, comment envisagez-vous l’action NAVSA dans les prochaines semaines ?

 Yoann Chuffart : La Fédération poursuivra évidemment son action auprès des pouvoirs publics, car les intérêts des acteurs de la filière doivent être pris en compte autant que possible. Cela étant dit, nous voulons pouvoir compter sur l’engouement des professionnels pour la mobilisation générale à la suite de l’appel du Président ALBRIEUX afin de mettre à contribution, si besoin était, toutes les bonnes volontés dans le cadre d’une stratégie d’action commune au niveau national… La Fédération a besoin des chefs d’entreprises comme ceux-ci ont besoin d’elle : elle a pour rôle, notamment, de mettre en œuvre la force collective… C’est cette force que nous voulons voir vivre et perdurer.

 F&CM : Quel message pouvez-vous adresser à la profession au lendemain de ces résultats concrets ?

 Diane Thomas : La Fédération a une raison d’être : tirez-en la bonne conclusion… Il n’est pas normal de ne pas compter au sein de la Fédération les 1000 entreprises qui œuvrent dans la D.A en tant que gestionnaires, qui se tiennent ainsi à l’écart de leur organisation patronale… On ne voit pas cela chez les Boulangers, les Agriculteurs, les Routiers, autant de professions qui cultivent une tradition corporatiste puissante et dont les organisations professionnelles sont particulièrement fortes.

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