Les gestionnaires sont-ils vraiment ringards ?

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A l’heure ou nous fêtons collectivement l’anniversaire du premier confinement (et ou on parle d’un 3 ème acte sur Paris) je tenais à faire une petite rétrospective. Que nous est-il arrivé collectivement ? Le ciel nous est tombé sur la tête d’irréductibles gaulois jusqu’alors convaincus de notre invinsibilité… et nous avons appris à nos dépends que nous restons au final bien peu de chose. Personnellement ce fut un vent de panique. En effet comment pauvre petit éditeur de presse professionnelle allais-je pouvoir survivre au confinement (sans savoir qu’il y en aurait un second) moi qui était si dépendant de la livraison des magazines dans vos boîtes aux lettres (et oui vous ne pouviez pas imaginer comme j’aimais les facteurs et la Poste à l’époque :).

Donc pour moi le confinement et l’arrêt de l’économie signifiaient tout simplement la mort de Food&Coffee Markets !… Après une bonne nuit de lamentations après ce foutu virus venu des pangolins, il fut question de regarder la réalité en face et la nécessité de programmer coûte que coûte (c’est assez proche du « Quoi qu’il en coûte » macronien) une continuité de l’activité et donc de se mobiliser comme jamais. Très vite j’ai identifié que fort heureusement depuis la création de F&CM j’avais adossé au magazine un site internet qui avait le mérite d’exister bien qu’il n’était que peu connu des professionnels et des gestionnaires. L’idée fut donc de passer à une digitalisation du magazine comme alternative devant permettre à mes lecteur de poursuivre la consultation de mes écrits. Et l’une de mes angoisses nouvelles fut de me confronter à un discours ambiant installé : les gestionnaires sont réfractaires à la technologie, ils restent attachés à leurs habitudes et leurs pratiques, le changement leur fait peur ! Pour aller à l’essentiel un ami me synthétise les réflexions avec une formule choc : « Tes lecteurs ne seraient-ils pas un peu ringards ! ». Ce fut pour moi l’occasion d’une nouvelle nuit difficile à passer mais au matin je me suis rappelé d’une tirade d’un de mes vieux professeurs d’école de commerce (cours de grande distribution) « La nature à horreur du vide … et face au vide on trouve toujours des alternatives ». Fort de cela, je me suis re-penché sur le site www.fandcm.fr et j’ai vite compris que si contenu pouvait toujours être diffusé c’est l’usage (précisément le support) qui devait évoluer. Plus de papier ? Donc passons au digital ! Mais avec la contrainte d’accélérer le rythme du passage de l’info dans le tube et d’utiliser un transport plus instantané avec une boite aux lettres sûre : ce fut donc la newsletter et l’adresse e-mail permettant de diffuser des sujets plus brefs à lire, plus fréquents. Plus encore le magazine et ses sujets de fond devaient continuer d’exister et donc, outre la remise à niveau du site, j’ai aussi complètement digitalisé le magazine, le rendant accessible via un lien dans la newsletter et laissant à chacun la possibilité de lire les news mais également de lire le mag sur son smartphone ou son ordinateur. Depuis un an 62 newsletters ont été diffusées, soit en excluant les pseudo périodes de vacances, une newsletter par semaine ce qui fut un vrai changement de paradigme pour moi mais aussi de rythme de production. Mes habitudes de travail ont changé.

Mais ce qui est le plus important est de constater que les soit disant « ringards » ont immédiatement adopté ces nouveaux supports. Plus encore, les taux d’ouverture des newsletters ne cessent de progresser et si on les compare aux moyennes classiques de la presse digitale ou de l’e-mailing ils sont hyper au dessus des ratios standards. Autrement dit, les ringards sont devenus des champions, des digital addicts. Ils se sont tout naturellement convertis à une pratique qui répondait sûrement à un besoin. Finalement, avoir l’info à dispo sur son smartphone ou son ordi c’est instantané et au final bien pratique pour peu que l’info soit utile.

Quelles leçons faut-il en retirer ? La première c’est que nécessité fait loi et que parfois il faut savoir sauter dans le vide (même si le parachute est expérimental). La deuxième c’est que nul usage installé n’est intangible s’il peut être remplacé par des pratiques apportant une nouvelle expérience plus fluide. La troisième c’est que la technologie peut être perçue comme bénéfique si elle simplifie le quotidien. C’est vrai pour un titre de presse mais aussi pour un distributeur automatique demain – car ce n’est pas la machine l’essentiel mais le fait que le consommateur aura toujours faim et sera toujours désireux d’avoir accès à une pause café, un snack, un petit moment de plaisir. Dès lors il y accèdera par un DA traditionnel, – ringard 🙂 -, par un micromarket (et oui ils sont déjà fortement présents Outre Atlantique), une vitrine connectée… paiera via sa carte bleue sans contact, son smartphone (ici aussi les usages évoluent vitesse V et sont désormais fortement présents). La dernière enfin et c’est pour moi la plus importante c’est qu’on reste toujours le ringard d’un autre et que pour être affublé de ce « noble titre » c’est sûrement qu’on dispose d’une qualité primordiale : savoir durer et donc s’adapter… N’est pas ringard n’importe qui ! Souhaitons nous tous d’être encore « perçus » comme tels pendant de longues années. Souhaitons nous surtout de sortir au plus vite de la situation actuelle pour reconstruire une nouvelle normalité, faire face aux nouvelles attentes, aux nouveaux usages.

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