Ici, même le café est gratuit…

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Le dernier spot publicitaire de l’Apec est particulièrement savoureux…il met en scène une cadre RH qui explique à son interlocuteur qu’elle a énormément de mal à recruter dernièrement. Bon niveau de rémunération, activité en croissance, société dynamique … et de conclure « Ici même le café est gratuit » comme argument suprême !

Que nous indique cette logique ? Que le café est un marqueur dans l’entreprise, que ce dernier serait un un des points d’attention du candidat potentiel. C’est bien le cas et ce, à différents niveaux.

Le café en entreprise est emblématique et véhicule aujourd’hui bon nombre de promesses. Il s’est imposé depuis les années 60 et particulièrement après mai 68 ou les entreprises ont peu à peu laissé le dossier de la machine à café au comité d’entreprise. Le café est devenu une boisson sociale, sujet hautement « sensible » au lendemain de la crise de 68. Dès lors, les CE se sont employés à faire en sorte que les collaborateurs puissent avoir à disposition une offre de café et autres boissons chaudes via un distributeur automatique. C’est une des explications du succès et de la croissance du parc d’automates dans les entreprises. Aujourd’hui la France est le second marché européen derrière l’Italie en termes de machines installées (elles sont plus de 600 000). Et les Français peuvent d’une certaine manière être reconnaissant aux CE d’avoir su imposer cette pratique en entreprise, en collectivité, en usine.

La fin d’une simple boisson sociale

Plus encore, le café devant rester une boisson « sociale » garantie par le CE, il a historiquement été proposé à un prix quelque peu dérisoire autour de 30/35 cts le gobelet/la tasse alors qu’il avoisine 1,5 € au café du coin. Une contrainte tarifaire qui a eu comme logique une certaine tendance à brider la qualité du café à la machine automatique voire à ouvrir le marché à d’autres forme de distribution de boissons comme les machines capsules depuis la fin des années 90. Aujourd’hui une nouvelle génération d’offres de corner cafés et d’intervenants comme les torréfacteurs locaux et artisans cultive un service présenté comme plus qualitatif, de proximité et pénètrent peu à peu les entreprises avec des cafés artisanaux voire de spécialité, proposant la locations de broyeurs espresso, et la vente de leurs cafés torréfiés. La mise en avant d’une promesse de qualité semble séduire de plus en plus de clients et de consommateurs. Car ce dernier devient lui aussi de plus en plus amateur d’expresso ou de boissons composées. Il dispose aujourd’hui d’une machine à capsules à son domicile voire de sa propre machine espresso café grain et voit dans l’offre café le moyen de se faire plaisir… La boisson sociale semble avoir du plomb dans l’aile.

Le café, premier… réseau social d’entreprise

Plus encore la période de pandémie que la France vient de subir à mis en évidence outre le souhait d’une réorganisation du travail avec la possibilité pour les Français de mixer travail présentiel au bureau mais aussi télétravail. Une aspiration à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle voire une meilleure qualité de vie au travail s’est exprimée et devient un critère de choix de rester ou pas dans l’entreprise. Un récent sondage vient même de dévoilé que les Français n’ont jamais autant démissionné, une tendance qui s’installe depuis plusieurs trimestres et qui montre qu’une personne sur trois en France est prête à quitter son travail. Ces démissionnaires potentiels sont principalement les moins de trente ans mais aussi les femmes. Tous cherchent de meilleurs conditions d’emploi, la volonté de trouver un secteur plus dynamique et une qualité de vie au travail plus favorable. Une tendance qui pour la première fois en France inverse le rapport employeur/employés, les entreprises devant aujourd’hui faire preuve d’attractivité pour conserver leurs salariées d’une part, mais aussi séduire les candidats potentiels d’autre part. Et le café dans tout cela ? Et bien c’est un symbole de convivialité, de pause et de socialisation. Autrement dit, ce peut être un des critères de bien être et d’attractivité. Plus encore, dans un contexte de retour des salariés au bureau, il peut aussi devenir un marqueur de la volonté des entreprises souhaitant déployer de meilleurs conditions de vie au travail. L’espace de pause et le café étant aussi un lieu d’échanges informels, la création d’espaces de pause attractifs est aussi un moyen de rendre les relations au bureau plus fluides et moins formelles.

Un bon café reflète peut être un bon employeur

Cela explique peut être la tendance naissante du café gratuit. En effet il apparaît aujourd’hui qu’un nombre croissant d’entreprise décident d’offrir le café à leurs collaborateurs. C’est non seulement nouveau mais surtout un phénomène qui marque une nouvelle stratégie de la « marque employeur » qui entend se rapprocher des collaborateurs, leur faciliter le quotidien au bureau voire institutionnaliser la pause café. Ainsi les CE, désormais CSE, doivent désormais composer avec les Services Généraux et RH dans la prise de décision de l’offre café. Ici, la logique n’est plus simplement d’offrir une boissons sociale la moins chère possible mais plutôt le plus valorisante déplaçant le débat sur l’offre qualité/prix/prestation plutôt que sur l’équation purement tarifaire. Le bureau étant de plus en plus comprise comme un lieu de vie, voire le second lieu de vie après le domicile, il incombe donc à la marque entreprise de chercher à simplifier le quotidien des collaborateurs et faire en sorte que le « bureau » ne soit pas simplement vécu comme une fatalité en regard d’un salaire. Le bien être au travail voire le bonheur au travail deviennent aussi des KPI pour les entreprises. Le café est peut être en passe de devenir un de ces KPI et plus il sera perçu comme bon et sa mise en oeuvre qualitative, plus les entreprises comme les salariés en profiteront.

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