Les ventes de cafés glacés explosent dans le monde, tirées par la génération Z et les nouveaux usages de consommation. Si la tendance gagne les coffee shops, l’Europe et la distribution automatique devront vite s’adapter sous peine de perdre une partie du marché.
Les frappés, nouveau moteur de croissance
Caffè Nero a ouvert l’année sur un record : 166 millions de livres de chiffre d’affaires au premier trimestre, en hausse de 9 % sur un an. Le moteur de cette performance ? Une explosion de 49 % des ventes de boissons glacées, avec 1,3 million de matcha frappés vendus en trois mois. Ce qui n’était autrefois qu’une curiosité estivale s’impose désormais comme un pilier structurel de croissance.
Même tendance chez Black Sheep Coffee, autre acteur britannique en pleine expansion, qui doit une part importante de ses ventes à ses cafés glacés et à ses créations au matcha. Outre-Atlantique, Starbucks indique que les boissons froides représentent désormais 75 % de ses ventes totales, tandis que des enseignes émergentes comme Blank Street fondent leur succès sur des recettes glacées colorées, adaptées aux réseaux sociaux.
D’un bout à l’autre du marché, le café frappé s’impose comme le symbole de la nouvelle génération de consommateurs.
Un produit à forte rentabilité dans un climat difficile
Cette dynamique survient dans un environnement économique tendu pour les grandes chaînes. Les prix du café vert ont atteint des sommets historiques – autour de 4,40 dollars la livre – tandis que l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat pèsent sur la consommation. Même les géants du secteur comme Costa Coffee ou Starbucks connaissent un ralentissement de leurs ventes, alors que la concurrence des chaînes indépendantes s’intensifie.
Dans ce contexte, les cafés glacés offrent un levier de rentabilité. Leur coût de production est faible, leur prix de vente plus élevé, et la personnalisation – sirops, laits végétaux, toppings – constitue une source de marge additionnelle. Au Royaume-Uni, le marché du café glacé affiche une croissance moyenne annuelle de 22 % sur cinq ans, preuve que le phénomène dépasse le simple effet de mode.
Une vague générationnelle portée par la Gen Z
Le succès des frappés repose avant tout sur une mutation générationnelle. Pour la génération Z, le café froid n’est pas une alternative, mais le standard. Selon la National Coffee Association, 49 % des jeunes Américains consomment leur café glacé chaque jour, contre seulement 16 % des plus de 40 ans.
Sur les réseaux sociaux, le café glacé est devenu un accessoire identitaire : les vidéos de cold brew et de matcha latte pastel s’accumulent, transformant le café en marqueur de style. Transparence des gobelets, couches de lait, couleurs douces – le visuel compte autant que le goût. Cette génération consomme rapidement, en mouvement, loin du rituel du café chaud pris au comptoir.
Pour eux, le café frappé incarne la fraîcheur, la personnalisation et l’instantanéité, en parfaite adéquation avec une société mobile et digitalisée.
Quand les cafés glacés deviennent un produit stratégique
Les boissons froides ne sont pas qu’un phénomène esthétique ou culturel : elles ont une valeur économique et industrielle stratégique. Elles permettent d’amortir la volatilité des prix des grains, la dilution et les arômes sucrés rendant le produit moins dépendant de la qualité brute du café. Pour les torréfacteurs, c’est un moyen de stabiliser les coûts ; pour les distributeurs, une opportunité d’innovation marketing.
Les grandes enseignes s’organisent :
- Caffè Nero multiplie les développements produits autour des boissons glacées.
- Black Sheep Coffee prépare un élargissement de sa gamme frappée avant sa prochaine levée de fonds.
- Starbucks recentre ses stratégies sur la personnalisation et les formats froids, désormais au cœur de sa croissance mondiale.
Une mutation culturelle du café
Au-delà des chiffres, c’est toute la culture du café qui se redéfinit. Le café chaud, symbole de convivialité et de temps partagé, laisse place à un café « portable », consommé en déplacement et souvent seul. Les frappés représentent la nouvelle forme de cette culture : mobile, personnalisée, visuelle et sociale.
Le café n’est plus seulement une boisson ; c’est une expérience de marque et d’identité personnelle. Et dans un environnement économique incertain, il offre aux enseignes une voie rentable et aux consommateurs un plaisir accessible.
La distribution automatique face à la révolution du froid
Jusqu’ici, le phénomène des cafés frappés reste absent du parc européen de distribution automatique – et encore plus en France, où la D.A. demeure largement centrée sur les boissons chaudes. Pourtant, des solutions techniques existent déjà : plusieurs fabricants asiatiques proposent des machines capables de délivrer des cafés glacés ou frappés à la demande, et semblent avoir compris l’enjeu d’adresser la génération Z et cette tendance de fond.
L’Europe, en revanche, tarde à s’adapter. Ne pas acter rapidement cette évolution, c’est risquer de perdre des ventes et surtout un volume de consommation auprès des publics les plus jeunes, qui se tourneront par défaut vers d’autres canaux (prêt-à-boire, chaînes spécialisées, convenience). Les acteurs de la D.A. devront, dans les prochaines années, rendre l’offre frappée exploitable dans les distributeurs s’ils veulent préserver leurs parts de marché.
En résumé
- Les cafés frappés s’imposent comme un moteur de croissance et de rentabilité.
- La génération Z redéfinit les codes de consommation autour de la fraîcheur, du design et de la mobilité.
- La distribution automatique doit évoluer pour intégrer cette tendance, sous peine de rater un virage majeur du marché du café. Et cette logique existe déjà sur les marchés asiatiques qui ont déjà travaillé ces déclinaisons dans les offres vending.








