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Café sans capsule : la route sinueuse du portionné vers le micro-OCS

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Après avoir conquis les foyers, la capsule se cherche une suite. La Migros, Keurig parient sur le café sans capsule, une dose de café moulu pressé, prête à l’emploi et débarrassée de sa coque. Pensé pour la cuisine, ce format pourrait trouver au bureau une place que la machine à grain occupe mal : celle des petits sites.

Le portionné a conquis les foyers, le grain lui prend la croissance

La capsule a fait l’éducation du marché. Elle a installé chez les particuliers l’idée d’un espresso constant, sans geste technique, et l’OCS a suivi le même chemin dans les entreprises. Le mouvement s’est pourtant inversé. Selon NielsenIQ, relayé par LSA, le café en grain a progressé de 31,6 % en valeur sur un an à fin février 2026, à 632,1 millions d’euros. Il représente désormais 19,2 % du chiffre d’affaires du rayon et près de 90 % de sa croissance en volume. La capsule reste le premier format en valeur, mais elle ne progresse presque plus.

Le tableau mérite cependant une nuance. Les machines automatiques avec broyeur, qui équipent 13 % des foyers, ont reculé de 6 % en valeur en 2025 selon le Gifam et NielsenIQ-GfK : 660 000 unités sur 5,3 millions de machines à café vendues. Le grain gagne la bataille du consommable, pas encore celle de l’équipement. Aux États-Unis, la machine à portion individuelle reste installée dans 47 % des foyers, selon la National Coffee Association. Le portionné n’est pas condamné. Il cherche une nouvelle forme, et la pression environnementale lui en fournit le motif.

Café sans capsule : trois procédés, trois stratégies

La Migros a ouvert la voie en 2022 avec CoffeeB, conçu par sa filiale industrielle Delica. Le café est pressé en bille et enrobé d’une fine pellicule d’alginate, compostable après usage. Le système s’ouvre aux grandes marques : illy, Melitta, La Semeuse, et désormais Dallmayr, dont les billes sont vendues en Allemagne chez EDEKA et Netto. En Suisse, CoffeeB a écoulé environ 33 000 machines et 22 millions de billes en 2025, selon la Migros.

Keurig a lancé aux États-Unis, en octobre 2026, son système Alta. Ses AltaRounds reposent sur la technologie de Delica, dont Keurig Dr Pepper a acquis une licence perpétuelle et exclusive pour l’Amérique du Nord. Le disque porte un code qui règle la recette de la machine. Le catalogue se limite pour l’instant aux marques maison, et chaque disque conserve un suremballage individuel.

Du salon au bureau, l’OCS a déjà fait ce chemin

Le café en entreprise a suivi la même trajectoire que le foyer. La capsule a démocratisé l’OCS en France, puis le grain fraîchement moulu s’est imposé sur les sites à débit, porté par la montée en gamme et par l’argument RSE. Sur un plateau de cinquante personnes, la machine à grain l’emporte sur le coût par tasse comme sur la qualité perçue.

Sur un petit site, le calcul s’inverse. Quelques cafés par jour ne justifient ni l’entretien d’un broyeur ni le passage régulier d’un technicien. Le grain s’oxyde dans la trémie quand la rotation est lente. C’est là que la capsule garde ses positions, et c’est là que le café sans capsule pourrait la remplacer.

Le micro-OCS, terrain naturel du café sans capsule ?

CoffeeB a déjà tenté l’expérience en Suisse. Sa page professionnelle cible les bureaux de PME, les chambres d’hôtel, les salons de coiffure et les boutiques, du bureau individuel à l’équipe de taille moyenne, avec un kit d’essai gratuit. C’est précisément le terrain de la capsule professionnelle. Keurig, enfin, reste hors jeu en Europe : sa licence Delica couvre les consommateurs nord-américains.

L’économie du format le place du côté de la capsule. En Allemagne, les billes Dallmayr se vendent 3,99 euros les neuf, soit environ 0,44 euro la tasse au prix public. Le café sans capsule ne concurrence donc pas le grain sur le coût. Il vise la place de la capsule premium, sur les sites où le grain est surdimensionné.

Trois virages avant la ligne droite

Le premier virage est celui de la conservation. Sans capsule, la protection contre l’oxygène passe à l’enrobage chez CoffeeB, au suremballage chez Keurig. Pour un exploitant qui gère des stocks et des sites peu fréquentés, la durée de vie après ouverture comptera davantage que le discours environnemental. Aucun fabricant ne publie encore ces données.

Le deuxième est celui de la machine. Les systèmes actuels sont conçus pour la maison. Aucun n’offre encore les attributs d’un appareil d’exploitation : bac à marc dimensionné, télémétrie, contrat de maintenance.

Le troisième est réglementaire. Le règlement européen sur les emballages (PPWR) impose que les portions individuelles de thé et de café concernées soient compostables à partir du 12 février 2028. Les textes d’application diront comment sont classés ces formats sans coque. Sur le terrain, l’argument ne tiendra que si le site client trie réellement ses biodéchets, une obligation généralisée depuis le 1er janvier 2024 mais inégalement appliquée dans les bureaux.

Le café sans capsule ne menace pas la machine à grain. Il vise la place que la capsule occupe encore sur les petits sites. La route est sinueuse, mais elle existe. Le premier industriel qui adaptera son format à l’exploitation aura fait la moitié du chemin vers le micro-OCS.