Le nouveau PDG de Selecta va droit au but

0
8

Les prises de parole de Selecta sont toujours des évènements en soi. En effet, en qualité de leader européen du secteur de la distribution automatique, Selecta reste le référent du marché tant par ses orientations que par ses actualités ou déclarations. C’est bien le sujet aujourd’hui car le nouveau PDG du groupe européen Venkie Shantaram a accordé une interview au média Suisse Watson juste trois mois après sa prise de poste dans laquelle il dévoile des pistes de réflexion qui dressent un cap précis sur sa vision du marché.

Selecta annonce la fin du cash

Au travers de son interview le ton est direct et franc. Venkie Shantaram se confie sur ses habitudes d’achat personnelle en distribution automatique à savoir l’achat d’eau majoritairement mais aussi éventuellement de produits sucrés comme le font majoritairement les clients des 16 pays ou Selecta est présent en Europe. Ce dernier reconnaît que la consommation d’eau arrive en tête de palmarès bien que les habitudes varient d’un pays à un autre, les consommateurs belges étant friands de Coca-Cola alors qu’en France et en Suisse c’est le Kinder Bueno qui tient la corde. Côté habitudes de paiement ce dernier reconnaît une croissance des solutions sans monnaie bien que le sud de l’Europe contrairement à la Scandinavie les paiements en pièces restent fréquents voire majoritaires. Une logique que ce dernier entend abandonner avec l’adoption du paiement sans espèce sur la totalité du parc d’automates installés, la gestion du cash « engendrant des coûts et favorisant le vandalisme » selon lui. Cette logique n’est pas surprenante dans l’absolu. En effet depuis des années on assiste à une montée en puissance des paiements dématérialisés en Vending et particulièrement depuis la crise Covid. Avec cette décision annoncée Selecta prend une décision forte et assumée enterrant la présence de monnaie sonnante et trébuchante dans ses automates. C’est une décision forte et en engageante pour la profession.

selecta entend passer aux prix flexibles

Si Selecta annonce la généralisation des paiements sans monnaie la société Suisse entend aller plus loin avec l’introduction d’une logique de prix dynamiques s’appuyant sur les avancées technologiques issues des systèmes de télémétrie qui équipent déjà une partie de son parc. Son analyse est simple : face à la mise en place d’offres Vending en Suisse comme Migros le concurrençant directement et pouvant afficher des tarifs deux fois moins élevés sur certains produits comme Redbull (marque citée dans nommément dans l’article NDLR) ce dernier reconnaît qu’il n’irait pas acheter le produit sur un automate Selecta. Une explication simple et directe qui entraine de fait une décision claire à savoir une révision de la politique de prix afin d’éviter des non-ventes. Vrankie Shantaram s’engage à mettre en place des logiques de prix dynamiques avec une logique simple. Proposer des prix légèrement supérieurs aux prix des magasins de proximité de l’ordre de 10% lors des horaires d’ouverture de ces derniers et sur cette logique appliquer un supplément de 10% additionnel selon le moment de la journée.

Moins de frigos connectés et plus de ventes 

C’est la dernière annonce qui transpire de l’interview. Venkie Shantaram reconnaît que si la précédente direction du Groupe emmenée par Christian Schmitz avait beaucoup misé sur le développement des frigos connectés (marque Foodies NDLR) cette startégie coûte encore aujourd’hui très cher à Selecta pour qui la restauration alternative via des pats frais n’est pas le cœur de métier du groupe, générant du gaspillage alimentaire et des coûts de maintenance élevés compte tenu du fait qu’ils restent « complexes et sujets aux pannes ». Dès lors Selecta entend se concentrer sur son cœur de métier et réduire la part allouée à cette activité reconnaissant avoir pêché par volonté de faire trop de choses en parallèle. Un constat qui s’appuie aussi sur une volonté de rentabiliser l’activité et de répondre aux exigences du nouvel actionnariat du groupe issu du retrait de KKR et de la renégociation de sa dette (1,1 milliard d’euros il y a un an). Composé d’institutionnels long terme et de détenteurs d’obligations le consortium est en attente « d’intérêts grâce à des profits et des flux de trésorerie plus élevés ». Une recherche de chiffres d’affaires et de rentabilité à laquelle que le nouveau dirigeant emploie son quotidien. Ce dernier reconnaît un exercice 2025 en net recul vs 2024 (1,1 Md€ contre 1,4 Md€) et entend rester focaliser sur la rentabilité plus que le chiffre d’affaires bien qu’envisageant une reprise de ce dernier. Une logique qui va se traduire par une réorganisation du groupe qui a déjà commencé. En effet Selecta a décidé de transférer son siège social de Suisse vers le Royaume-Uni et envisage une réduction de ses effectifs entre 500 et un millier de collaborateurs via des départs volontaires mais également des licenciements là où cela est nécessaire. Une démarche qui vise un redressement à court terme sur une première étape de 18 mois via une meilleure efficacité et une recherche de rentabilité, une réduction drastique du nombre de fournisseurs passant de 7300 actuellement à 1300, un audit des ventes des 309 000 automates en parc actuellement. Une logique d’analyse qui cerne bien les enjeux du vending chez Selecta qui reconnait aujourd’hui que 19% des produits présents génère 80% de la marge brute du groupe ce qui interpelle et doit pousser Selecta à recentrer ses assortiments se concentrer sur les best-off et rechercher des offres différenciantes, Venkie Shantaram évoquant les articles d’hygiène mais également à l’avenir des produits du tabac ou des alternatives via la vérification de l’âge du client telle que l’exige le législateur. 2026 sera donc une année charnière sachant que les prochaines étapes évoquées passeront par une recherche de nouveaux contrats et la fidélisation des clients existants, le cap fixé devant in fine permettre une revente de Selecta à terme avec un bénéfice pour les actionnaires actuels. 

Au travers de cette première interview donnée par le nouveau dirigeant de Selecta qui peaufine la mise en place de ses équipes il apparaît que le géant européen entend poursuivre son redressement et que les efforts engagés depuis l’arrivée de KKR avant la pandémie de Covid n’ont pas suffis à placer Selecta en dynamique. Son analyse est lucide et direct : Selecta doit focaliser ses efforts sur la rationalisation de l’activité, le développement des ventes et l’optimisation de ses marges … et contenter ses actionnaires.