Accueil À la Une Fare du Café réintroduit la culture (du) café sur Tahiti

Fare du Café réintroduit la culture (du) café sur Tahiti

0
42

Christophe Trebouta est un passionné et un ultra marin d’adoption. Installé à Tahiti il y a trente ans ce dernier a développé son activité de gestion Drink n’ Joy depuis un peu plus de dix ans. Passionné de café, son nouveau projet vise à réintroduire une culture et une production locale de café tahitien autour d’une marque : Fare du Café. L’initiative prend aujourd’hui forme et ce dernier nous la partage.

FCM :  On parle souvent de Vending mais on oublie aussi que l’activité existe dans les territoires ultra-marins. 

Christophe Trebouta : Je dois reconnaître que lorsqu’on évoque Tahiti et ses archipels on ne pense pas immédiatement à la distribution automatique (rires…). Et pourtant nous y avons développé une activité de gestion spécifique depuis 2013 avec Drink n’’ »wx Joy qui déploie principalement son activité sur l’île principale et la capitale Papeete. Je précise cela car aujourd’hui la Polynésie française se sont plus de 118 îles réparties sur une surface grande comme l’Europe. Dépanner un automate situé sur une autre ile signifie prendre l’avion ou le bateau ce qui est impossible. Nous exploitons aujourd’hui plus de 150 automates café et boissons chaudes mais aussi bien entendu boissons fraîches et Combi autour des snacks. Nous sommes membres du groupement Qualidea ce qui nous permet de nous tenir informés et de profiter des avantages du groupement. Néanmoins nous nous situons à l’autre bout de l’hémisphère ce qui nous oblige dans bien des cas à travailler avec les partenaires implantés ou distribués localement comme par exemple Tahitian Cola. Notre activité est bien similaire au vending classique mais nous disposons de nos particularités et contraintes. Nous travaillons par exemple le café espresso via les capsules Lavazza Blue car du simple café en grain par exemple ne résiste pas à l’humidité ambiante dans les distributeurs automatiques. La capsule reste hermétique et permet d’extraire un expresso de qualité et d’assurer une continuité d’exploitation. Pour autant les boissons fraîches conditionnées draine une grande majorité du chiffre d’affaires. 

De plus Tahiti bénéficiant d’une réelle autonomie nous disposons de notre propre monnaie. Ainsi avons-nous du adapter nos systèmes de paiement et bien entendu en premier lieu les monnayeur-rendeurs C2 au Franc Pacifique avec l’aide de SuzoHapp. Pour autant le paiement bancaire se développe désormais depuis le Covid bien que nous n’ayons pas encore le même niveau d’activité et de transaction que dans la métropole… 18000 km crée toujours un décalage dans les pratiques. 

FCM : Vous avez initié une activité de culture et de torréfaction de café grain … d’où est venue cette initiative ? 

C.T. : Je crois que cela vient d’une lente construction et d’une appréciation au fil des années de pays d’adoption. Il faut avant tout comprendre que Tahiti est isolé du monde. Nous sommes aux antipodes de la France métropolitaine, à 9000 km du Japon, 7000 km des États-Unis, 6000 km de l’Australie, 5000 km de la Nouvelle-Calédonie et 4000 km de la Nouvelle-Zélande. Nous dépendons grandement des approvisionnements maritimes. Lors de la crise du Covid nous avons tous pris peur dès lors qu’il a été envisagé de ne plus permettre aux bateaux (de pouvoir rentrer dans la rade de Papeete). J’ai comme tout le monde pris conscience que notre dépendance alimentaire était cruciale. La présence française et les essais nucléaires ont transformé l’agriculture. Pour le café sachez que Tahiti a été par le passé une terre caféière. Le café a été introduit dès 1870 par les missionnaires. A la fin des années 1950 Tahiti produisait son café et exportait plus de 100 T de café (données Cirad). Tahiti disposait de sa propre filière café locale. Cette prise de conscience d’un manque d’autonomie je l’ai transposé sur ce que je connais le mieux à savoir le café et c’est de cette manière que j’ai pris le parti de relancer une culture et une production locale. 

FCM : Vous réintroduisez donc une double culture 

C.T. : Je recommence à cultiver le café et je nous reconnecte avec cette culture café qui a existé sur les îles et je crois que c’est aussi une manière pour moi de rendre ce qu’il m’a été donné. Mon épouse est polynésienne, la culture polynésienne est ancrée dans les traditions. Je suis présent depuis 30 ans à Tahiti qui a su m’accueillir et c’est aussi une manière pour moi de contribuer à mon modeste niveau au développement du pays territoire. Nous avons commencé à cultiver des variétés de Red Caturra (variété bourbon – arabica) mais également du Starmaya et Marsellesa. Nous disposons de nos propres champs de caféiers à Tahiti mais collaborons aussi avec les agriculteurs locaux des îles australes (Rurutu, Rimatara, Tubuai et Rapa, Les Marquises et aussi à Raiatea) que nous avons convaincus de reprendre la culture du café qui avait disparu ou restait à un stade anecdotique ou aléatoire et a qui nous achetons les productions. C’est un travail de fond et il y a désormais une association, l’APCP, (Association des Producteurs de café Polynésiens), la Direction de l’Agriculture nous aide par le biais de subvention pour les accès aux parcelles et aussi pour le défrichage), des pépinières sont en cours de création de la part de certains agriculteurs … bref une filière qui s’organise autour de la reprise d’une filière café structurée. C’est un projet qui a démarré il y a trois ans mais qui prendra 20 à 30 ans pour aboutir. C’est aussi un retour à une économie agricole qui avait disparu et qui a du sens et nécessite des efforts, de l’investissement et bien entendu du temps. La Polynésie consomme 900 T de café annuellement, chiffre ITSTAT et nous avons atteint 3 tonnes ce qui nous laisse encore une marge de progression forte. Néanmoins c’est une petite flamme de culture qui ne demande qu’à se raviver et à se fortifier. Il y a non seulement un besoin mais aussi une demande de production locale. Nous avons encore beaucoup à développer et à adapter ici car si la récolte du café s’étale jusqu’au mois de mars pour Tahiti et fin mai pour les Australes la période de séchage commence pendant la saison des pluies et nous sommes en train de travailler à des process plus efficients.

FCM : Vous avez aussi ouvert un coffee-shop à Papeete avec Fare du café

C.T. : C’est effectivement l’autre face de la culture café. Les polynésiens sont amateurs de café et s’ils le consomment aujourd’hui de manière courante il me semblait intéressant d’apporter aussi une ouverture sur la torréfaction et le café de spécialité. Avec Fare du Café nous proposons un approfondissement de la manière de consommer le café via les différents types d’extraction, en proposant des blends torréfiés localement. Nous avons eu la chance d’accueillir un nouveau maître torréfacteur venu de la métropole qui a su transmettre son savoir faire. Il va retourner bientôt chez lui au Havre mais nous serions ravis de susciter la venue d’un nouveau spécialiste qui puisse continuer le travail initié. C’est un challenge mais de fait il reste motivant et produit des résultats probants et le champ des possibles énorme. Nous avons aussi créé une boutique dans laquelle nous vendons différents matériels pour faire du café chez soi, et nous faisons aussi parti du Groupement EMERAUDE – Torréfacteur de valeur. 

FCM : Vous abordez également de fait le CHR.

C.T. : Oui nous avons eu le plaisir de séduire des hôtels et établissements de renom qui servent désormais les produits Fare du Café à leur clientèle locale et touristique. C’est pour nous une vraie opportunité que de valoriser nos produits et notre savoir-faire local de manière privilégiée. Nous avons de fait collaboré avec BSF Coffee qui est venu former nos techniciens sur les matériels Horeca automatiques. Une opportunité d’accueillir un savoir-faire pour apporter un service café et une offre qui satisfasse l’industrie hôtelière qui ne manque pas sur les îles et qui est en demande d’une offre café et spécialités gourmandes. Il reste encore bien des étapes à passer mais notre volonté, notre amour du produit et la certitude de laisser une trace durable et qui a du sens nous motive jour après jour, défit près défit… Et qui sait si dans quelques temps nous n’aurons pas le plaisir de faire découvrir et goûter la signature du café tahitien aux amateurs Français.