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Taxe sur le sucre : l’Allemagne bouge, côté français les jeux sont ouverts

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Berlin a présenté un projet de taxe sur les boissons sucrées, aussitôt freiné par la Chancellerie. À Paris, le PLFSS 2027 crée une taxe sur certains produits transformés sucrés. À ce jour, personne ne propose de taxer les poudres de boissons chaudes des distributeurs automatiques. Le débat qui s’ouvre mérite pourtant d’être suivi de près par la profession.

L'essentiel : Le PLFSS 2027, présenté le 1er octobre 2026, crée en France une taxe sur les produits transformés et emballés contenant des sucres ajoutés. Les poudres chocolat et cappuccino des distributeurs automatiques ne figurent pas parmi les catégories annoncées. La taxe soda ne les vise pas non plus, car elle ne s'applique qu'aux boissons liquides. En Allemagne, un projet de taxe sur les boissons sucrées incluant certaines préparations a été bloqué par la Chancellerie le 1er octobre 2026.

Le 29 avril 2026, le gouvernement fédéral allemand actait le principe d’une taxe sur le sucre appliquée aux boissons, pensée à l’origine pour soulager les comptes de l’assurance maladie. Le projet de loi diffusé le 30 septembre par le ministère des Finances en a changé la nature. Il en fait une accise de droit commun, sans affectation, dont le rendement est estimé à 1,2 milliard d’euros par an à partir de 2028. L’entrée en vigueur serait fixée au 1er juillet 2027, selon un barème en trois tranches : 26 centimes par litre de 5 à moins de 7 g de sucres pour 100 ml, 32 centimes de 7 à moins de 10 g, 38 centimes au-delà.

Un projet allemand contesté jusque dans la coalition

Le texte vise les boissons de la position douanière NC 2202 ainsi que certains concentrés et préparations pour boissons, afin de limiter les contournements. Il exonère en revanche les boissons édulcorées, les jus purs et les bières sans alcool. Son avenir reste incertain. Dès le lendemain de sa diffusion, la Chancellerie l’a bloqué, estimant qu’il ne pouvait pas réunir de majorité en l’état. L’exemple allemand n’en reste pas moins instructif, car il montre comment une mesure présentée comme sanitaire peut devenir, en quelques mois, un instrument de rendement budgétaire.

En France, une taxe sur le sucre qui épargne les boissons chaudes

La taxe sur le sucre en vigueur en France, plus connue sous le nom de taxe soda et réformée en mars 2025 avec trois tranches, repose sur une assiette étroite. L’article 1613 ter du Code général des impôts ne vise que les boissons et préparations liquides relevant des codes NC 2009 et NC 2202. Une poudre cacaotée n’est ni liquide, ni classée sous ces codes. La doctrine douanière exclut en outre le café et le thé servis dans des récipients destinés à la consommation sur place. Le gobelet préparé à la demande par un distributeur se situe donc doublement hors champ.

Le PLFSS 2027, présenté en Conseil des ministres le 1er octobre, ouvre un nouveau chapitre. Il instaure une taxe sur les produits transformés et emballés contenant des sucres ajoutés et des additifs, selon un barème croissant avec la teneur en sucres. Le ministre du Commerce Serge Papin en attend 200 millions d’euros. D’après les informations de presse, cinq ou six catégories seraient visées, parmi lesquelles les biscuits, les gâteaux, les pâtes à tartiner et les céréales du petit-déjeuner. Les préparations pour boissons chaudes n’y figurent pas.

Ce que le débat parlementaire peut changer

C’est le parcours du texte qui appelle la vigilance. Depuis 2024, chaque PLFSS a vu des parlementaires proposer une taxe sur le sucre élargie à l’ensemble des produits transformés, jusqu’à un vote en commission des affaires sociales le 29 octobre 2025. Ces amendements n’excluaient que les boissons liquides déjà soumises à la taxe soda. Le gouvernement cherche des recettes, et le choix de la fiscalité comportementale est désormais assumé. Dans ce contexte, la liste des catégories peut s’allonger au fil des amendements, comme elle peut se réduire. Personne ne sait aujourd’hui où s’arrêtera le périmètre.

Des chiffres à rassembler plutôt qu’à redouter

Si la question devait être posée, la filière aurait intérêt à disposer de ses propres données. Les poudres chocolat affichent autour de 73 à 74 g de sucres pour 100 g, les cappuccinos entre 63 et 77 g selon les recettes. Ramené au gobelet de 18 cl, un chocolat apporte environ 18,5 g de sucres, contre 19,1 g pour le même volume de Coca-Cola. Ces chiffres portent toutefois sur les sucres totaux et incluent le lactose issu du lait et du lactosérum, alors que le texte français vise les sucres ajoutés. La distinction n’est pas anodine.

La profession dispose aussi d’arguments. La reformulation est techniquement maîtrisée : le Caprimo Vanille allégé de Barry Callebaut réduit sa teneur en sucres de 30 %, pour environ 10,4 g par gobelet. Le paramétrage des doses par l’exploitant, le sucre laissé au choix du consommateur sur les boissons café et le développement des gammes allégées sont autant d’éléments que la filière peut documenter elle-même.

Il n’y a donc pas lieu de s’alarmer, mais pas davantage de se désintéresser du sujet. Les semaines de débat sur cette taxe sur le sucre diront si le texte reste circonscrit aux catégories annoncées. F&CM suivra les orientations du gouvernement et les amendements déposés, et rendra compte de leur incidence éventuelle sur la distribution automatique.

Encadré : sucres par gobelet de 18 cl (sucres totaux)

BoissonSucres
Coca-Cola Original19,1 g
Chocolat DA (Suchard, SCHO, Van Houten)~18,5 g
Cappuccino standard (SCHO, Caprimo)~15,5 g
Cappuccino Caprimo Vanille allégé~10,4 g

Sources : Coca-Cola France, fiches SCHO (scho.de), Open Food Facts, revendeur Mapalga. Dosages fabricants.

Les poudres de distributeur sont-elles concernées par la taxe sur le sucre du PLFSS 2027 ?

Non, à ce jour. Les catégories annoncées sont notamment les biscuits, les gâteaux, les pâtes à tartiner et les céréales du petit-déjeuner. Le périmètre définitif dépendra du texte déposé et des amendements adoptés pendant le débat parlementaire

Pourquoi la taxe soda ne s’applique-t-elle pas aux boissons chaudes de distributeur ?

L’article 1613 ter du Code général des impôts ne vise que les boissons et préparations liquides relevant des codes douaniers NC 2009 et NC 2202. Une poudre n’est pas liquide, et la doctrine douanière exclut le café et le thé servis pour une consommation sur place.

Que prévoit l’Allemagne en matière de taxe sur le sucre ?

Le projet du ministère fédéral des Finances, diffusé le 30 septembre 2026, prévoit une taxe de 26 à 38 centimes par litre selon la teneur en sucres, à partir du 1er juillet 2027. Il vise aussi certains concentrés et préparations pour boissons. La Chancellerie l’a bloqué le lendemain, faute de majorité.

Combien de sucre contient un chocolat de distributeur ?

Environ 18,5 g de sucres totaux pour un gobelet de 18 cl, selon les dosages des fabricants, contre 19,1 g pour le même volume de Coca-Cola. Ce chiffre inclut le lactose, alors que le texte français vise les sucres ajoutés.