Accueil À la Une Tao Bin (la tortue volante), un ovni pour la DA européenne

Tao Bin (la tortue volante), un ovni pour la DA européenne

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C’est une marque qui ne parlera pas à beaucoup d’Européens, pas même aux experts du vending. Et pourtant, Tao Bin compte parmi les solutions de distribution automatique de boissons chaudes et froides les plus répandues d’Asie — une réussite assez récente pour être passée sous les radars occidentaux. Pour un amateur, un distributeur automatique de boissons chaudes ressemble à n’importe quel autre distributeur automatique de boissons chaudes. C’est exactement ce qu’on pouvait se dire en croisant le stand Tao Bin lors de la dernière édition d’HostMilano, en octobre 2025, dans les allées réservées aux exposants asiatiques. Et puis on s’arrête, et on regarde d’un peu plus près.

300 boissons dans un mètre carré

La machine attire d’abord l’œil par sa qualité de réalisation. Mais c’est surtout le menu qui interpelle : jusqu’à 300 boissons différentes selon les marchés et les versions déployées, parmi lesquelles le café fraîchement moulu — rien de surprenant, pour un Européen, jusque-là — mais aussi des lattes à base de lait frais, des protein shakes, des sodas, des frappés, du matcha, des chocolats, et des offres de topping personnalisables. Tout porte à croire qu’une seule et même machine multi-boissons peut proposer l’espresso de votre choix, le café frappé, le soda ou la boisson fraîche qui va vous séduire — sans parler des offres pensées pour les sportifs. Un vrai choix, à l’échelle d’un mètre carré.

Sous le capot, une mécanique qui bouscule les habitudes européennes

Pour qui connaît les distributeurs de boissons chaudes tels qu’on les pense en Europe, l’intérieur de la machine surprend : groupe café, présence de premix en poudre, sirops et aromatisation via bag-in-box, lait frais, glaçons produits sur place, groupe réfrigéré, postmix pour les sodas — une cohabitation de technologies qu’on ne trouve d’ordinaire pas réunies dans un seul et même caisson, et que la marque a manifestement su faire fonctionner ensemble. Plus surprenant encore pour un opérateur européen habitué aux contraintes de raccordement : Tao Bin fonctionne sans arrivée d’eau. L’eau est réapprovisionnée manuellement et traitée à bord de la machine — un détail qui parle directement à quiconque a déjà dû composer avec une glacière ou un point d’eau sur un site d’implantation.

Un barista automatique dans les règles de l’art

Lors du parcours d’achat, le convive se retrouve face à une dalle tactile de 32 pouces qui permet de naviguer dans les différents univers de boissons — café, gourmand, frappés, sodas, protein shake — de choisir une recette ou de l’adapter à ses envies du moment. C’est un gourmet center qui devient un barista automatique dans les règles de l’art, avec une restitution en gobelet adaptée à la taille et à l’exigence de la boisson — la machine va jusqu’à restituer, si besoin, un couvercle et une paille. Le paiement s’effectue en billets, en QR code ou en monnaie : il est universel. La machine est online, embarque une connectivité native, et sa gestion de parc peut être supervisée à grande échelle. Tao Bin reprend ainsi tous les codes du coffee shop asiatique contemporain, et peut s’installer aussi bien dans des bureaux et des collectivités que dans des passages publics à fort trafic.

Le revers du décalage : deux minutes qui comptent double

Seul vrai bémol pour un consommateur européen : le temps de réalisation des boissons, qui peut avoisiner les deux minutes selon la complexité des recettes et des ingrédients à combiner. Un délai qui reste néanmoins inférieur à l’attente d’une boisson équivalente en boutique ou en coffee shop mais qui peut questionner sur un questionner sur un point de vente à fort trafic ou d’un couloir de gare.

La tortue accélère

Née en Thaïlande, Tao Bin poursuit son expansion en Asie et au-delà : Australie, Singapour, Dubaï, Malaisie et Hong Kong figurent déjà parmi les marchés investis. À Hong Kong, la marque opère sous l’appellation Tao Bin Beverage. À Singapour, en revanche, c’est sous un autre nom qu’elle s’est imposée : What The Cup, né d’un partenariat avec PepsiCo,  une manière, pour le géant américain des boissons, de s’assurer une présence directe dans l’univers du out-of-home sans devoir développer sa propre machine. Et la marque vient d’annoncer son arrivée au Royaume-Uni, un premier pas hors d’Asie qui place, cette fois, l’Europe dans son viseur d’atterrisage.

Côté volumes, la Thaïlande comptait déjà près de 7 800 machines fin 2025, et le groupe affiche un objectif de 10 000 points de vente toutes zones confondues d’ici la fin 2026. Plus de 230 millions de boissons ont été servies depuis le lancement de la marque en 2021.

Alors que bien des professionnels du secteur recherchent le mouton à cinq pattes, le mouton se révèle ici être une tortue. Reste à savoir si, une fois posée sur le sol européen, elle continuera de voler ou si elle devra, comme tant d’autres avant elle, apprendre à ramper aux normes du continent.