Accueil À la Une Foorban lève 7,2 M€ : les vitrines connectées ont aussi l’accent italien

Foorban lève 7,2 M€ : les vitrines connectées ont aussi l’accent italien

0
5
Marco Mottolese, fondateur de Foorban, opérateur de vitrines connectées en Italie

Présentée dans nos colonnes en mai 2025, la foodtech milanaise Foorban boucle un tour de 7,2 M€ auprès du fonds IMPACT Partners. Avec 800 vitrines connectées, près de 12,5 M€ de chiffre d’affaires et une offre café intégrée, elle montre que la vente non assistée alimentaire prospère aussi hors des marchés anglo-saxons et nordiques.

Une levée de fonds qui mêle argent frais et sortie d’actionnaires

Foorban, qui installe des vitrines connectées en entreprise pour proposer des repas sains au bureau, a conclu une opération de 7,2 M€ entièrement souscrite par IMPACT Partners. Il s’agit du premier investissement direct du fonds en Italie. L’investisseur n’est pas un inconnu pour le lecteur français : fondé en 2007 et basé à Paris, il revendique plus de 500 M€ d’actifs sous gestion et dispose de bureaux à Milan, Francfort, Barcelone et Copenhague.

Le montage associe augmentation de capital et rachat de titres existants. Plusieurs actionnaires individuels de la première heure sont sortis, et le cofondateur Stefano Cavaleri, qui n’est plus opérationnel dans l’entreprise, a cédé une partie de ses parts. La répartition entre argent frais et secondaire n’a pas été communiquée. La somme réellement injectée dans l’entreprise est donc inférieure à 7,2 M€, dans une proportion inconnue. Marco Mottolese, fondateur et CEO, présente malgré tout l’opération comme du capital de croissance, destiné à la technologie et à l’équipe, pour consolider la présence en Italie et exporter le modèle.

800 vitrines connectées et un modèle déjà rentable

Les chiffres donnent du poids au dossier. Foorban a affiché sur les quatre dernières années une croissance annuelle moyenne de 50 %. L’entreprise a clôturé 2025 avec près de 12,5 M€ de chiffre d’affaires, son deuxième exercice à l’équilibre opérationnel, et compte plus de 500 clients pour 800 smartfridges. Selon son dirigeant, la société est bénéficiaire depuis l’an dernier et entend le rester, les investissements étant pilotés sans entamer la rentabilité, un point qui a pesé dans la décision du fonds. Ces résultats doivent être lus à la lumière de l’entretien accordé à F&CM en mai 2025. Foorban exploitait alors 700 frigos dans quatre régions, annonçait plus de 8 M€ de chiffre d’affaires en 2024 et visait plus de 1 000 smartfridges en 2026.

Depuis, le parc n’a gagné qu’une centaine d’unités, alors que le chiffre d’affaires progressait d’environ moitié entre 2024 et 2025. La croissance vient donc davantage de l’intensification du revenu par client que de la multiplication des vitrines connectées. C’est là que le café entre en jeu.

Le café, levier de rentabilité encore sous-exploité

Foorban a introduit le café il y a trois ans et compte aujourd’hui environ 200 machines. S’y ajoutent des livraisons de fruits, des fontaines d’eau microfiltrée et, depuis l’an dernier chez un nombre limité de clients, des congélateurs pour les glaces, la viennoiserie ou les plats surgelés. Pour qui connaît l’économie du vending, la logique est claire. La vitrine repose sur un produit frais, périssable et à carte changeante, tandis que la boisson chaude apporte fréquence quotidienne et marge. Marco Mottolese ne dit pas autre chose lorsqu’il rappelle que son service coûte beaucoup plus cher qu’un distributeur classique : périssabilité plus courte, menu renouvelé chaque semaine, davantage de pertes, une application à financer et un service client.

Une nuance s’impose toutefois. Avec 200 machines pour plus de 500 clients et 800 vitrines connectées, le café équipe au mieux quatre clients sur dix. Ce n’est pas encore un pilier mais un réservoir de croissance, et sans doute le levier le plus rapide pour augmenter la valeur par site sans multiplier les tournées. La logique rejoint celle du coffee corner que défendait récemment WMF dans nos colonnes (« Chez WMF, le café en entreprise s’efface derrière le lieu de vie »).

Vitrines connectées : la démonstration italienne

Le signal compte pour le marché français. On explique souvent le succès des smart coolers aux États-Unis par une culture du grignotage continu et un parc tourné vers le snacking et les boissons fraîches. Ce modèle serait difficile à transposer dans des pays où la rentabilité de la distribution automatique repose sur la boisson chaude. Or l’Italie, pays de l’espresso, montre que les vitrines connectées peuvent y trouver une clientèle et un équilibre économique. La demande n’est ni seulement anglo-saxonne ni seulement nordique. Elle existe aussi dans un pays latin, à condition d’associer offre fraîche et pause café.

Le modèle repose sur l’employeur : plus l’entreprise investit, moins les produits coûtent au salarié, le prix étant en partie fixé par la contribution de l’employeur. C’est aussi l’argument d’impact retenu par le fonds. Pour Riccardo Allegra, managing partner d’IMPACT Partners Italia, rendre des repas de qualité accessibles aux salariés les moins bien rémunérés et aux sites les moins desservis prouve que succès commercial et impact social mesurable peuvent aller ensemble.

La France, un marché jugé trop encombré

Foorban raisonne par bassins logistiques plutôt que par villes. L’entreprise dispose de trois hubs, à Rho (siège), Bologne et Rome. Un quatrième est programmé en Italie et un cinquième à l’étude, la Toscane et la Vénétie étant les zones les plus probables. À l’international, la priorité va à l’Espagne (Madrid, Barcelone, Valence), jugée culturellement proche et encore peu concurrentielle. La France est jugée potentiellement intéressante mais très encombrée d’acteurs aux modèles comparables (interview complète sur Teleborsa).

Ce regard milanais sur l’Hexagone est instructif. La profession française s’interroge encore sur la rentabilité des vitrines connectées, tandis qu’un opérateur rentable juge notre marché saturé d’offres. Les deux constats sont compatibles. En France, la question n’est plus l’existence de la demande mais la construction d’un modèle durable, et la réponse passe probablement par la convergence entre frais, café et services. Relire notre entretien de mai 2025 avec Marco Mottolese.

Le Forum de la Distribution Automatique, en novembre à Cannes, approfondira cette logique de convergence entre vente non assistée, restauration d’entreprise et corner café. Le cas Foorban y aura toute sa place.