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Café contre énergisants : l’alerte vient des États-Unis, la lecture reste à faire pour la DA française

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Boissons énergisantes en distribution automatique aux côtés du café
Café ou énergisant : le distributeur automatique n'a plus à choisir entre les deux.

Une étude Citi relayée dans la presse économique nord-américaine, dont Les Affaires (Québec), documente un basculement générationnel spectaculaire : chez les 16-24 ans américains, les boissons énergisantes ont dépassé le café comme première source de caféine. Le signal est réel et solidement sourcé. Sa transposition à la place des boissons énergisantes en distribution automatique en France mérite en revanche d’être décomposée avant d’être prise pour argent comptant.

Un signal statistique solide, mais circonscrit

Le point de départ est l’étude annuelle de Filippo Falorni, analyste actions boissons chez Citi, menée au printemps 2026 auprès de 2 400 consommateurs américains de boissons énergisantes. Chez les 16-24 ans, la part de ceux citant les énergisants comme première source de caféine est passée de 20,6 % à 30,6 % en un an, tandis que celle du café reculait de 40,4 % à 27,3 %. Chez les 55 ans et plus, le rapport s’inverse totalement : 60,4 % pour le café contre 12 % pour les énergisants. Ces chiffres, repris à l’identique par plusieurs médias financiers (AgriBiz, ZeroHedge), sont fiables en ce qu’ils proviennent d’une source unique correctement recoupée.

Ils ne sont en revanche pas neufs sur le plan qualitatif. Dès décembre 2025, Coffee Intelligence relevait déjà, à partir du rapport de printemps 2025 de la National Coffee Association, que le thé avait commencé à dépasser le café chez les 18-24 ans américains, et que Monster Beverage affichait des ventes trimestrielles « record » au-delà de 2 milliards de dollars. L’étude Citi ne révèle donc pas une rupture : elle en mesure l’accélération.

Ce que l’étude ne dit pas

Deux réserves méthodologiques s’imposent. D’abord, le panel interrogé est composé de consommateurs de boissons énergisantes, pas de la population générale : le chiffre souvent cité de « 45 % des consommateurs d’énergisants disent que le café était leur première source de caféine avant » mesure la composition d’un groupe déjà acquis à la catégorie, pas la part des buveurs de café qui basculent à l’échelle du marché. Ensuite, il n’existe pas d’équivalent français ou européen à cette mesure par génération et par source de caféine ; toute lecture française de la tendance doit donc s’appuyer sur des indicateurs de marché indirects, pas sur une réplique de l’étude Citi.

Ces indicateurs indirects existent, mais ils sont eux-mêmes hétérogènes. Sur le marché français des boissons énergisantes, Circana (période P2 2026) mesure une croissance de 23,8 % à 870 millions d’euros, quand NielsenIQ (2025) évoquait plutôt 685 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel avec une progression de 11 % en volume, et que Rayon Boissons chiffrait à 7 millions le nombre de foyers acheteurs sur douze mois, en hausse de 300 000. Sur les parts de marché, l’écart est plus frappant encore : Red Bull pèserait 29 % en valeur selon Circana contre environ 60 % selon Xerfi. Ces divergences ne remettent pas en cause la réalité de la croissance de la catégorie en France, confirmée par toutes les sources, mais elles invitent à la prudence sur tout chiffre isolé qui circulerait sans être adossé à sa méthodologie exacte.

Le moteur prix ne joue pas le même rôle des deux côtés de l’Atlantique

L’argument le plus solide de l’étude Citi est économique : les prix des boissons énergisantes n’ont progressé que de 4,9 % aux États-Unis depuis fin 2021, contre 47 % pour le café. Ce différentiel, plus que l’identité générationnelle, expliquerait l’essentiel du basculement chez les jeunes adultes américains, pour qui un café de spécialité à 5 ou 6 dollars est devenu un arbitrage budgétaire face à une canette à 2-3 dollars.

Ce mécanisme ne se transpose pas mécaniquement au distributeur automatique français. Le café en DA n’est pas, comme le café de spécialité américain, un petit luxe quotidien : à 0,50-0,80 euro le gobelet, il reste l’option la moins chère du marché du café hors domicile en France, loin devant le café en dosette ou le comptoir coffee shop. L’inflation des coûts matière documentée récemment (café vert, gobelet carton, énergie) pèse sur les marges des gestionnaires, mais elle n’a pas fait sortir le café DA de sa fonction de produit d’appel bon marché. L’argument « arbitrage budgétaire étudiant » qui structure la thèse américaine fonctionne donc plutôt dans l’autre sens en France : c’est la canette d’énergisant, vendue 2 à 3 euros en distributeur, qui coûte cher rapportée au café à moins d’un euro.

La France a déjà commencé, sans attendre l’étude Citi

Le marché français n’a pas attendu ce signal statistique pour tester les boissons énergisantes en distribution automatique. IVS France a lancé en juin 2026, sur son réseau RATP, les distributeurs de NOXX, la marque d’énergisant portée par Teddy Riner, sur un marché français des énergisants alors mesuré en forte croissance. Le cadre réglementaire y est par ailleurs plus permissif qu’ailleurs en Europe : la France n’impose aucune restriction d’âge sur la vente de boissons énergisantes, y compris en distributeur automatique, quand le Royaume-Uni s’apprête à l’inverse à les y interdire totalement à partir d’avril 2027, tous publics et tous lieux confondus. Le distributeur automatique reste donc, en France, un canal ouvert à cette catégorie au moment précis où il se ferme outre-Manche.

Ce qui change vraiment pour l’opérateur

Pour les boissons énergisantes en distribution automatique, la différence structurelle la plus significative avec les États-Unis n’est pas générationnelle mais sectorielle. Le parc américain de distribution automatique est majoritairement composé de machines snacking et boissons froides, terrain naturellement favorable à une catégorie comme les énergisants. Le parc français repose à l’inverse sur la boisson chaude pour l’essentiel de sa rentabilité : sur plus de 600 000 automates installés en France, environ 150 000 seulement sont des distributeurs snacks, le reste se partageant entre boissons chaudes et fraîches, la boisson chaude portant l’essentiel de la marge du gestionnaire. La lecture américaine d’une « guerre » entre café et énergisants pour la même occasion de consommation ne s’applique donc pas de la même façon à un parc français où les deux catégories occupent rarement le même module.

Cela ne rend pas la donnée Citi inutile pour la DA française, cela change ce qu’il faut en retenir. Sur la question du jeunisme en distribution automatique, une mode Gen Z ne mérite un planogramme que lorsqu’elle devient structurelle. Sur ce critère, les énergisants sont aujourd’hui mieux placés que la plupart des tendances portées par cette génération : croissance à deux chiffres confirmée par toutes les sources françaises malgré leurs écarts de méthode, cas d’usage DA déjà lancé et documenté, fenêtre réglementaire encore ouverte en France. Reste à savoir si les gestionnaires y verront un complément de gamme boisson fraîche à consolider, ou continueront de le traiter comme un produit annexe pendant que cette fenêtre réglementaire pourrait, un jour, se resserrer comme elle l’a fait au Royaume-Uni.