L’Europe va-t-elle interdire le gobelet ?

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C’est la question qui s’est posée lors de la conférence menée par NAVSA et son Directeur Général Yoann Chuffart lors du salon de Paris. En effet l’Europe travaille sur un règlement sur les emballages et déchets en carton. Et le fait est que la Commission semble bien décidée à en limiter très fortement l’utilisation. Cela risque d’impacter l’ensemble de la filière Vending à moyen termes. Erwin Wetzel, Directeur Général de EVA le syndicat européen de la distribution automatique met en exergue les enjeux et en profite pour bien rappeler l’importance d’un travail à effectuer au niveau européen en coordination avec les fédérations nationales pour faire évoluer le contenu de ce règlement.

Food&Coffee Markets : L’Europe semble vouloir se mobiliser sur la logique de réduction des déchets et a émis un projet de règlement à cet effet, pouvez-vous nous en dire plus ?

Erwin Wetzel : L’Union européenne poursuit deux objectifs : le premier est d’atteindre les objectifs du Green Deal, c’est-à-dire rendre l’UE neutre en carbone d’ici 2050 en adoptant des mesures fortes pour protéger l’environnement et changer le mode de production ainsi que de consommation pour les rendre plus durables. Le deuxième consiste à harmoniser les règles sur les emballages et les déchets d’emballage pour protéger le marché commun, car beaucoup de pays, comme la France vont déjà au-delà de la législation européenne, ce qui est souvent au détriment des entreprises qui doivent s’adapter aux conditions réglementaires dans le pays dans lequel ils sont présents, ce qui est onéreux et bureaucratique.

FCM : Quelle est votre lecture de ce projet de règlement et concerne-t-il réellement la DA ?

E.W. : Ce projet concerne quasiment tous les secteurs et a pour but de prévenir les déchets d’emballages, encourager la réutilisation et les recharges et rendre tous les emballages recyclables d’ici à 2030. Or, l’emballage est utilisé avant tout pour protéger ce qu’il contient et d’informer l’utilisateur principal du contenu, donc les industriels devront relever de nombreux défis durant ces prochaines années, car cela va avoir un impact sur notre façon de consommer et d’acheter. En lisant le projet, le focus est principalement sur l’HoReCa et la grande distribution où les emballages à « outrance » sont pointés du doigt par le législateur européen. Ils dénoncent les paquets de chips à moitié vide, les emballages individuels de fruits et légumes, ainsi que l’utilisation de vaisselle jetable dans les coffee shops ou dans la restauration rapide. La guerre est déclarée contre l’usage unique en prônant de manière dogmatique tous les avantages d’un contenant réutilisable. Toutefois, nous sommes nombreux à dénoncer que la Commission européenne n’a pas fait l’évaluation de l’impact de manière approfondie et sérieuse. Il est plus que douteux que le réutilisable soit toujours la meilleure alternative pour la protection de l’environnement, car souvent le plastique dur entre en jeu, permettant la réutilisation du contenant tout en générant plus de déchets plastique sur le long terme.

Néanmoins, il est encore trop tôt pour dire si ce projet de règlement aura un impact significatif sur le secteur de la DA, car nous faisons tout pour éviter des mesures inutiles et inappropriées pour nos acteurs,  en nous mobilisant auprès des législateurs européens. Ce qui est clair, c’est que l’HoReCa sera fortement impacté et le consommateur s’habituera au réemploi, ce qui pourrait mettre la pression sur nos industriels.

FCM : Le recyclage, le réemploi sont des solutions qui peuvent avoir du sens au sein de la profession avez-vous des exemples et des pistes de réflexions

E.W. : Le recyclage des gobelets en plastique et en carton est déjà une réalité et la pulpe d’un gobelet de carton peut même être réutilisée 17 fois. Dans des pays, comme la Belgique ou l’Italie, avec des bonnes infrastructures, plus de 90% des déchets plastiques sont recyclés, donc il serait indécent de punir des États membres qui ont investi des sommes colossales pour améliorer leur taux de recyclage.

Toutefois, dans beaucoup de pays, le gobelet se retrouve dans les déchets ménagers et donc le matériau n’est pas valorisé, ce qui est regrettable. D’où l’importance d’harmoniser les règles à l’échelle européenne.

Le réemploi est également une réalité, car en Allemagne ou aux Pays-Bas, les gestionnaires sont obligés de laisser le choix au consommateur de pouvoir utiliser son propre contenant et pour l’instant ils s’en accommodent plutôt bien, donc je dirais que nous serons suffisamment agiles aussi pour nous adapter à des nouvelles modes de consommation. Dans l’Office Coffee Service, avec des machines table-top, il est tout à fait envisageable de laisser le consommateur utiliser des tasses qui peuvent être mises à disposition. En outre, dans des sites de production où l’hygiène est un facteur important, l’utilisation de gobelets réutilisables n’est pas conseillée.

FCM : EVA travaille en collaboration avec les différentes fédérations nationales du vending, comment entendez-vous défendre les intérêts des gestionnaires face à ce texte

E.W. : Ensemble avec les fédérations nationales nous pouvons mobiliser davantage de décideurs. Il faut prendre en compte que ce projet de Règlement sera adopté par le Parlement européen et par les États membres. Il est donc important que chaque fédération parle à son propre gouvernement et à ses députés qui les représentent dans l’Assemblée européenne. Ainsi, NAVSA, par exemple, est un acteur clé pour porter la voix de l’industrie de la DA auprès des autorités françaises qui eux-mêmes les transmettront à leurs homologues européens lors des discussions sur le texte.

FCM : Selon vous comment les professionnels peuvent-ils à leur niveau venir abonder dans votre sens.

Nous appelons tous les acteurs à entrer en contact avec le député européen de sa circonscription et de partager la position de l’EVA, qui défend l’ensemble des entreprises de la DA. Un député aura toujours une oreille plus ouverte pour une entreprise de sa région qui plus est emploie du personnel localement.

FCM : Au travers de cet exemple de projet on comprend bien que les enjeux se portent aussi au niveau européen, quel est votre quotidien pour faire avancer les sujets qui nous concernent tous ?

E.W. : Le quotidien d’un lobbyiste pour défendre les intérêts d’une fédération européenne comme l’EVA auprès des institutions européennes consiste en :

#1. Recherche et analyse : Le lobbyiste doit être constamment informé des politiques, des réglementations et des débats en cours au sein des institutions européennes qui pourraient affecter les intérêts de la fédération. Cela implique de suivre l’actualité, de mener des recherches approfondies et d’analyser les implications potentielles des décisions politiques.

#2. Élaboration de stratégies : Sur la base de la recherche et de l’analyse, le lobbyiste doit élaborer des stratégies efficaces pour influencer les décisions politiques en faveur de la fédération. Cela peut inclure l’identification des parties prenantes clés, la définition d’objectifs politiques clairs et la planification des tactiques à mettre en œuvre.

#3. Lobbying direct : Le lobbyiste doit établir et entretenir des relations avec les décideurs politiques et les fonctionnaires des institutions européennes, tels que les députés européens, les membres des cabinets ministériels, les représentants de la Commission européenne, etc. Cela peut se faire par le biais de réunions, de rencontres informelles, de présentations, de consultations et de participation à des groupes de travail.

#4. Communication et sensibilisation : Le lobbyiste doit être en mesure de communiquer efficacement les positions et les arguments de la fédération aux décideurs politiques, ainsi qu’aux parties prenantes externes telles que les médias, les ONG et les groupes d’intérêt connexes. Cela peut impliquer la rédaction de documents de position, la création de supports de communication, l’organisation d’événements et la participation à des conférences ou des débats.