À l’aune de la cinquième vague que la France et plus largement l’Europe traversent, Jean-Yves Frantz, rédacteur en Chef de food&coffeemarkets dresse un constat simple sur l’inévitable nécessité des professionnels de la gestion de travailler sur une revalorisation de leurs prestations. Un impératif devant selon lui permettre de faire face aux répercussions de la crise sanitaire. 

food&coffeemarkets : La fin d’année et l’année 2022 apparaissent particulièrement anxiogènes, comment annoncent les prochains mois selon vous ?

Jean-Yves Frantz : La période et particulièrement l’arrivée foudroyante du nouveau variant sur le territoire français tombe à un moment où les professionnels sortaient quelque peu la tête de l’eau. Certes le niveau d’activité de 2019 n’était toujours pas atteint mais l’activité sur le mois d’octobre voire novembre, semblait prendre une incidence positive en ce sens que le retour des Français au bureau se confirmait malgré la persistance du télétravail et une certaine lenteur de la part des administrations ou prudence des grands groupes internationaux quant au retour au tout présentiel. La fin d’année semble avoir rebattu les cartes et si la France ne confine pas, il apparaît désormais clair que le travail distanciel va, du fait de la situation et de l’obligation annoncée par l’exécutif de s’y plier et vider les entreprises. Le vending replonge inévitablement dans les affres de la pandémie. Ce qui m’inquiète au plus haut point et je sais ne pas être le seul, c’est la difficulté des professionnels qui ne pourront pour l’instant plus bénéficier des mesures de soutien tel que la S1bis qui avait été salutaire à tous les niveaux. Plus encore, les PGE ayant pour beaucoup été entamés, il va être difficile de faire face à nouveau à l’absence d’activité. 

food&coffeemarkets : La profession est plus fragilisée qu’elle n’était ? 

JYF : C’est indéniable car la pandémie a désorganisé les exploitations. Plus encore, la reprise constatée ces derniers mois s’est opérée dans un contexte inédit avec des pénuries et ruptures sur bon nombre de produits du quotidien pour les exploitations, sans parler de la transition sur le gobelet carton qui tourne au vrai casse-tête avec une pénurie de gobelets d’une part mais également une flambée des prix là encore liée à une crise mondiale sur le papier. Par ailleurs les professionnels vont devoir faire face en 2022 suite aux annonces des industriels, à une hausse des prix sans précédent depuis 20 ans sur leurs achats que ce soit le café grain, les biscuits, la confiserie, les premix… qui s’accompagne de surcroît à une hausse des carburants et une tension sur le marché du travail. Nombre de professionnels constatent d’ores et déjà depuis le mois de septembre une vraie difficulté à recruter des personnels d’exploitation. Les périodes de confinement successives ont souvent fait réfléchir les personnels d’exploitation quant à leurs conditions de travail. Il y a de plus une vraie demande de secteurs eux aussi sous tension comme l’hôtellerie ou la restauration qui entendent revaloriser fortement leurs grilles de salaires et risquent de venir perturber le schéma de reprise des professionnels. Pour autant, il faudra bien que l’approvisionnement des clients de la profession soit assuré. Il sera donc nécessaire à mon sens de travailler collectivement la grille de salaire de base la profession afin d’assurer le maintien de son attractivité. Je suis conscient que cette approche se traduira inévitablement par une augmentation de la masse salariale qu’il va bien falloir compenser.

food&coffeemarkets : Comment la distribution automatique peut-elle faire face demain à l’augmentation des charges que vous décrivez ?

JYF : En réalisant ce que tout dirigeant d’entreprise qui se respecte doit assumer c’est à dire assurer la continuité de son activité avec un souci de rentabilité. Or que constatons nous aujourd’hui ? Une baisse du niveau d’activité globale liée au Covid qui conduira avec la réorganisation des modes de travail dans l’entreprise, à une réduction des effectifs présents au quotidien sur les sites de vending. Je crois que cet état de fait est désormais acté par tous. Plus encore face à l’augmentation du coût des matières premières et leur répercussion déjà annoncée par les fournisseurs (produits alimentaires, carburant…) associés comme je viens de l’expliquer à la nécessité d’une revalorisation des salaires dans la profession, les coûts d’exploitation vont venir peser de manière violente sur les bilans des entreprises de vending. Face à cette augmentation des charges et une baisse annoncée des recettes il n’existe pas beaucoup d’alternatives autres qu’une revalorisation des prix de vente ce dans un contexte où l’inflation elle aussi commence à progresser. C’est à mon sens un acte de gestion nécessaire à la sauvegarde de la profession. Cette hausse des tarifs est non seulement nécessaire mais plus encore salutaire pour les professionnels. Cette hausse des prix doit à mon sens se doubler d’une rationalisation de l’activité et l’épuration des sites non rentables. Nous venons de célébrer les 20 ans de l’introduction de l’Euro qui à l’époque a demandé un ajustement pour la profession. Que constate-t-on aujourd’hui ? Les prix de la prestation de l’expresso en vending n’ont pas évolué alors que si on prend un produit emblématique comme la baguette de pain son prix moyen était de 0,66 € en 2001 contre 0,89 € en 2021… et je ne parle pas des baguettes élaborées comme les traditions ou baguettes graines ou là les prix dépassent allègrement 1,20 € ! Quid de l’espresso au comptoir ? L’INSEE le relève en prix moyen à 1,14 euros en 2001… 20 ans plus tard, il frise les 1,80 euros en moyenne… 

food&coffeemarkets : Le café reste un critère « social » dans l’entreprise ?

JYF : Je crois qu’aujourd’hui la profession doit prendre conscience que pour garantir une continuité de service elle va devoir rapidement travailler la revalorisation des prix. Elle est inévitable et je crois que les consommateurs comme les donneurs d’ordre en sont plus que conscients. Les deux dernières années ils ont collectivement constaté qu’alors que la quasi-totalité des commerces alimentaires, les restaurant ont pu ou dû cesser leur activité la distribution automatique a quant à elle dû tenir bon et assurer autant que faire se peut un service du quotidien dans les entreprises. Plus encore, ils ont aussi constaté des défaillances de la part de certains prestataires DA ayant décidé à défaut de se concentrer sur les clients essentiels. Pour autant chacun, j’en reste persuadé, est attaché à son café en entreprise, à la dimension sociale de ce dernier comme élément de la qualité de vie au travail. La qualité et le service ont un prix et malheureusement le compte n’y est pas. C’est pourquoi je suis persuadé que le prix de vente en vending va devenir central dans les prochains mois. C’est une responsabilité individuelle propre à chaque chef d’entreprise que de répercuter dans les prochains mois cette hausse mais je crois qu’elle est aussi collective afin de permettre à l’ensemble de la profession de faire face aux défis de demain et investissements qui en découlent. Le passage au paiement bancaire d’une part, la demande de service et l’exigence de plus de prestation vont provoquer une transformation profonde des modes de gestion et des exportations vers plus de réactivité, d’outils numériques et technologiques. Cette transformation aura un coût qu’il faut d’ores et déjà anticiper et intégrer afin de réaliser cette transition afin de satisfaire les clients d’aujourd’hui… et leurs attentes de demain. La profession va devoir devenir proactive et se donner les moyens d’assurer son développement via une revalorisation et une diversification de ses services. Il est effectivement entendu que le prix du café en entreprise est un facteur de paix sociale et du reste depuis 1968 ce sont les CE et désormais les CSE qui sont les interlocuteurs des professionnels. La disponibilité d’un café, d’une boisson chaude d’une collation à des prix attractifs pour les collaborateurs, est bien souvent un moyen pour ces derniers de refuser toute idée de hausse mais soyons clairs les demandes portent aujourd’hui aussi sur un café responsable voire bio, une collation healthy, une boisson fraîche peu sucrée voire des paiements dématérialisés, des portefeuilles privatifs associés à des outils de promotion… Les critères ont fortement évolué vers des solutions qui, quant à elles, sont loin d’être économiques pour les prestataires. Je constate aussi que désormais de plus en plus de marchés sont peu à peu repris par les services généraux, les services RH qui ont une attente encore plus importante avec la nécessité de bien accueillir les collaborateurs, de leur proposer une palette de services élargie afin de leur apporter un niveau de qualité de vie au travail. Ce sont autant de nouvelles exigences qui conduisent à des niveaux de prestations attendus en vending encore une fois à la hausse. C’est à la fois une contrainte mais j’y vois également une véritable opportunité pour les professionnels de répondre à ces nouvelles attentes avec des prestations valorisantes et valorisées. C’est non seulement une opportunité mais également un impératif au risque de voir de nouveaux acteurs plus innovants ou moins timides venir capter une partie du marché. 

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